"Depuis 3
ans maintenant, un climat de terreur et de suspicion règne à (nom
de la ville), dans le comté de (nom). La police locale dépassée
par le phénomène peine à trouver le coupable et pour l'heure
personne n'a été arrêté ni même interrogé.
L'enquête
piétine, elle est carrément au point mort et les cadavres eux
continuent de s'accumuler. Enfin, métaphoriquement, puisqu'aucun
corps n'a été retrouvé, mais les familles et les proches des
victimes ne peuvent que constater les disparitions inquiétantes de
leurs êtres aimés.
C'est toujours le même profil, une jeune
femme, blonde, entre 18 ans et 21 ans, qui disparait alors qu'elle
était partie courir, faire une emplette ou voir une amie.
Tout à
commencé le (date), dans cette petite ville en apparence tranquille
où tout le monde se connait et personne jusqu'alors ne fermait ses
volets, son portail et sa porte d'entrée.
Avec l'approche des
festivités de la nuit d'Halloween, ça promet une ambiance
particulière pour la tournée des enfants déguisés!
Les pistes
sont maigres, mais avec le peu d'éléments dont on dispose, on sait
que les enlèvements se sont passés en extérieur, probablement sur
une route. Peut-être que c'est à considérer comme une indication
sur le métier qu'exerce le tueur.
À ce titre, on peut supposer
que c'est un livreur ou un chauffeur routier. D'ailleurs, souvent
parmi les métiers les plus exercés par les tueurs en série on
retrouve les bouchers, taxis et parfois aussi des policiers.
Remarquez, ceci pourrait bien expliquer pourquoi l'enquête est au
point mort.
Tout ça nous laisse avec plus de questions que de
réponses, mais si tu veux suivre cette affaire avec moi, et
peut-être en résoudre ses mystères, c'est dans les commentaires
que ça se passe!
Si tu aimes le true crime et les cold case, et
que cette vidéo t'a plu, alors lâche-moi un like, tu en trouveras
d'autre sur ma chaine à regarder, n'hésite pas à t'abonner!
La
suite de l'enquête arrive bientôt!"
Et voilà c'était en ligne! Derek, le jeune
web-journaliste galvanisé par le sentiment du devoir accompli vapota
avec sa pipe électronique à la manière d'un Sherlock Holmes de la
génération Z. Vous voyez le portrait ? Une fine moustache surmontée
d'une paire de petites lunettes ronde avec une calvitie naissante
qu'il essayait de camoufler comme il le pouvait avec la frange de sa
coupe au bol. Il contemplait fièrement son imposant tableau sur
lequel figuraient coupures de journaux et photos des disparues
reliées par des ficelles rouges accrochées par des punaises. Il
venait d'en rajouter une de plus ou une de trop, selon son point de
vue.
Soudain la sonnerie d'une notification vint l'interrompre de
sa rêverie. C'est sa mère qui avait regardé et "liké"
sa vidéo.
IL rafraichit la page, la ferma, la rouvrit, c'était
toujours le seul like, mais les vues s'étaient maintenant
multipliées par 2 et il réalisa que c'était seulement son action
qui avait été comptabilisée.
À sa grande surprise, il reçut
une autre notification dans l'instant qui suivit. Il crut à un bug,
mais non, c'était bien un pouce en l'air de plus. La curiosité le
poussa à cliquer sur l'icône pour découvrir de qui il
s’agissait.
C'était Doug, le gérant du vidéo club ou du club
vidéo - on ne savait pas trop - d'ailleurs, on pouvait y louer des
films chez lui, c'était un des derniers lieux en son genre. On se
demandait même, comment il était possible qu'il soit encore ouvert
à l'heure des plateformes de streaming et de VOD.
Sans attendre,
le cinéphile en passionné de films d'horreur, envoya un message
privé au journaliste :
"Très intéressante ta dernière
vidéo, effectivement, on en parle pas assez je trouve! Et le silence
des forces de l'ordre autour de cette affaire est particulièrement
étrange...mais peut aussi s'expliquer par le secret de l'enquête en
cours. J'ai des contacts dans la police, parfois il me laisse jeter
un œil aux archives, je peux essayer de me renseigner."
Le
jeune web-journaliste se disait en sont for intérieur que s'il y
avait une seule personne ici qui pourrait l'éclairer sur les
méthodes d'un tueur en série, c'était peut être lui et que de
toute manière ce n'était pas les flics qui bougeraient le petit
doigt, pour cela il faudrait déjà qu'ils prissent l'affaire au
sérieux. Cela ne lui coutait rien d'essayer par un chemin détourné.
"Justement, j'aimerais beaucoup en discuter avec toi à
l'occasion." Tapa instantanément, le jeune homme de ses
doigts tremblotant d'excitation.
Ses yeux eurent à peine le temps
de cligner que le retour de son interlocuteur s'affichait déjà sur
l'écran.
"Avec plaisir, passe au magasin quand tu veux
pour en parler."
Le gérant du vidéo club n'avait pas eu à attendre
longtemps avant de voir débarquer le web-journaliste dans son
magasin.
Tout dans ces lieux semblait comme figé dans le temps,
la déco, la musique et même l'odeur.
En 2026, cela vous donnait
l'impression de rentrer dans une de ses grottes troglodyte avec des
peintures rupestres sur les murs. Alors qu'en réalité, pour être
tout à fait exact sur la période, c'est plutôt une capsule
temporelle du début des années 2000, mais l'effet serait le même.
Après tout, il ne faut pas oublier que le différentiel
technologique et culturel entre les 80 et 2000 est le même que de
2000 à 2020! Et pour Derek qui est un enfant de la génération Z,
ce vidéoclub s'apparente plus à un musée voir un antiquaire qu'un
magasin ordinaire.
Face à lui se tenait un colosse de
pratiquement deux mètres, au visage poupin et un espacement entre
les deux dents de devant avec lequel il pouvait sans difficulté
siffler. Paradoxalement, à cette silhouette de gros bébé que l'on
ne souhaiterait pour rien au monde voir énervée, Doug était un
vieux garçon qui vivait encore chez sa mère. Et quand ce dernier
posait sur vous son regard vitreux comme il venait de le faire quand
Derek entra dans sa boutique, cela vous faisait la drôle de
sensation, d'être comme un lapin pris dans les phares d'un camion.
La seconde d'après, quand il reconnut le journaliste, son expression
faciale changea du tout au tout et passa d'une mine patibulaire à
une mimique remplie de bonhomie. Sous l'éclairage inquiétant des
néons tremblotant, son sourire en coin édenté lui fit un drôle
d'effet, mais certainement pas celui recherché (escompté).
Le
géant se leva pour saluer le jeune homme qui venait d'entrée et
manqua de se cogner au plafond, tant il était grand.
"Bon-jour c'est Derek du blog (nom), on a
échangé par messages sur internet"
"Oui,
je t'avais reconnu, tu vas bien ? Vas-y installe toi qu'on discute un
peu, tu veux un thé ou un café?"
"Heu
oui...merci je veux bien."
Un peu plus alaise au bout de
quelques secondes, le journaliste sorti un dossier de sa pochette en
cuir pour passer en revue les éléments d'enquêtes qui était en sa
possession.
Derek disposa sur la table des portraits photo des
jeunes femmes disparues et la réaction de son interlocuteur le
répugna autant qu'elle intrigua notre journaliste.
Le gérant du
vidéo club fut pris d'un tic nerveux qui consistait à aspirer sa
salive à chaque fois qu'il inspirait lourdement pour éviter de
laisser la baver couler de sa bouche.
Il remarqua également que
ce dernier compressait le tissu de son pantalon au niveau de
l'entrejambe.
"On devrait le baptiser ce tueur, le
"Hitchcock Killer", qu'en pensez-vous ?
"C'est
ma foi un nom intéressant...mais pour quelle raison ? Quel est le
rapport avec Alfred Hitchcock ?
"Parce parce que comme lui,
il ne tue que des blondes! Hitchcock détestait les blondes, ou du
moins adorait les voir souffrir dans ses films." Dit il en
se baladant dans les rayons.
"Comment vous le savez
?"
"Tenez d'abord, Janet Leigh dans Psychose en
1960, mais aussi Kim Novak dans Sueurs Froides et puis Tippi Hedren
ou encore Grace Kelly..." répondit le gérant du vidéo
club en désignant du doigt des boitiers de DVD au jeune journaliste.
"Non, je veux dire, sur les 7 photos qui sont sur cette
table, deux d'entre elles sont brunes..."
"Ha
pardon, on ne s'est pas compris...He bien comme vous l'avez dit sur
votre vidéo, ça a du me rester, voilà tout!" visiblement
gêné le géant se gratta la tempe avant de poursuivre "Vous
devriez regardez des films pour vous documenter".
"Justement,
je voulais vous demander ce que vous me conseillerez."
Le
gérant du vidéo club piocha des films ici et là dans les étals,
et lui présenta sa sélection.
"Je peux vous en faire
deux et vous en aurez un autre de gratuit comme ça, je fais une
offre en ce moment. Pour le troisième, je ne dois pas l'avoir en
magasin, il doit être dans la réserve. Attendez-moi ici, je
descends le chercher."
Doug laissa entrouverte la porte
qui menait à la remise au sous-sol.
Soudain un cri strident suivi
d'un grand fracas métallique troubla le silence de l'attente et fit
hérisser tous les poils de la moustache de notre journaliste.
Des
flashs stroboscopiques de scènes gore et fantasmagoriques saturèrent
l'esprit de Derek.
Après quelques longues minutes, il entendit la
démarche lourde du géant remonter l'escalier.
Les supplications
d'une voix féminine provenant du sous-sol se firent à nouveau
entendre avant qu'il ne referme la porte derrière lui.
"Et
voilà, c'est une VHS, mais ça mérite le coup d’œil!"
C'est
avec un certain embarras que le gérant du vidéoclub expliqua ce qui
venait de se passer, il essaya de se justifier en disant que c'était
le son beaucoup trop fort d'un film qu'il était en train de regarder
dans sa salle de projection avant que le journaliste ne vienne.
Évidemment, cela ne convainquit pas ce dernier, mais dans une
situation pareille, ne valait-il mieux pas faire comme si de rien
n’était plutôt que de devoir affronter un colosse pareil au
risque de finir comme celle qui se trouve dans la cave ?
Pour
faire abstraction (diversion) de la situation, le tueur essaie de
relancer la conversation sur un autre sujet.
"Au fait, je
repenser à ta vidéo, et notamment le passage de ta réflexion sur
les métiers de tueurs en série...ça m'a fait imaginer la
réinsertion ou la reconversion professionnelle des grands monstres
de l'horreur. Genre Pinhead de la saga Hellraiser en gérant d'un
dojo sadomasochiste."
"Marrant ça, je vois bien
Freddy Kruger des griffes de la nuit en psychanalyste spécialisé
dans les rêves."
"Et Jason Vorhees en entraineur
de gardien dans une équipe paralympique de Hockey."
"Ou
Candyman en vendeur ambulant de bonbons au miel."
"Il y
a aussi Ghostface de Scream en téléconseiller!"
"Et
alors Leatherface de massacre à la tronçonneuse, en couturier ou en
boucher ?"
"Bonne question! Il pourrait tout aussi bien
être bucheron."
Derek quitta les lieux en un seul morceau, et pas
dans un sac, un cercueil ou un tonneau, non sur ses jambes et
indemne. Bien qu'il se réjouit d'être vivant, cette dernière
conversation lui resta longuement en tête. Le journaliste en vint à
la conclusion que le métier idéal pour un tueur en série pouvait
tout aussi bien être celui de gérant d'un vidéo club.
Il
essaya de rester rationnel et de ne pas céder à une paranoïa de
circonstances nourrie par ses visionnages quotidiens d'émission
documentaire et reportage true crime.
Les questions se
bousculaient dans la tête de notre journaliste. "S’il avait
voulu me droguer, il aurait pu, et il aurait fait de moi une de ses
victimes, à moins que je ne sois pas à son gout. À ce propos, le
tueur a-t-il une motivation sexuelle?
Comment savait-il aussi que
les victimes étaient toutes blondes ? Et les films que je lui ai
loués, ont-ils un sens caché pour le tueur ou était-ce juste une
opportunité de vente? D'ailleurs, je me rends compte maintenant
qu'il ne m'a pas fait payer. Était-ce un oubli de sa part ou
complètement délibéré ?
Derek ne cessait de retourner (la
scène) les événements autour de la discussion dans tous les sens,
il cherchait un sens au moindre détail, cela tournait à l'obsession
et remettait en doute bien des choses.
Il était partagé par l'idée d'aller en parler
à la police, mais avec le peu d'éléments tangibles, de preuves
matérielles, il connaissait déjà ce que seraient leurs réponses,
alors il lui fallait approfondir ses investigations.
Ce n'était pas ce qu'il préférait dans son
"métier" de journaliste, mais il fallait parfois en passer
par là. La filature était un domaine dans lequel il n'excellait pas
particulièrement, en raison de sa grande nervosité. À dire vrai,
il avait peur de son ombre. Littéralement.
Dés qu'il était en
position d'observation de sa cible, sa jambe se mettait à trembler
de façon incontrôlable et si par malheur il se retrouvait face à
elle, il serait capable de bégayer et fondre en larmes, rongées par
le stress. Le courage n'était pas une de ses qualités premières,
il fallait bien l'avouer aussi.
C'était plutôt facile, de suivre
ce tueur, déjà parce que Derek savait déjà où il habitait et
travaillait : au même endroit, le vidéo club.
Mais avant toute
chose, il devait se grimer pour ne pas se faire repérer. Sa
rencontre avec le tueur était récente et ce dernier pourrait
facilement le reconnaitre, d'autant plus avec le style si particulier
du journaliste.
Derek en avait conscience, mais ne pouvait se
résoudre à raser sa moustache, à la limite il voulait bien enlever
ses petites lunettes rondes. De toutes manières, il lui fallait
trouver un déguisement, il avait pensé à s'affubler d'un de ces
costumes que portent les mascottes d'équipes sportives ou en
homme-sandwich, mais il fallait avouer que bien qu'il ne risquait pas
d'être reconnu, il ne passerait pas inaperçu. Non il lui fallait un
truc discret, comme un livreur Amazon par exemple, et encore que même
là il ne pourrait se rendre dans n'importe quel endroit sans que
cela ne paraisse suspect. Le jeune journaliste comme bien des
Américains avait une malle contenant des vêtements et des
accessoires ayant servi pour ses costumes d'Halloween des précédentes
années, il alla donc fouiller dedans. Voyez-vous ça, il avez une
panoplie pour incarner un motard, un ouvrier, un policier, un cowboy,
un militaire ou un Indien, bref, il pouvait être le village people
de son choix. Il trouva également un vieux drap noir qu'il avait
utilisé pour faire la faucheuse et cela lui donna l'idée, avec un
peu de couture et un vieux napperon appartenant à sa tante, de se
fabriquer une burqa.
Ainsi drapé dans sa tenue, il suivit le tueur,
d'abord en voiture, en restant scrupuleusement à distance de 3
véhicules derrière et en respectant le code de la route, puis à
pied quand celui-ci s'arrêta à un supermarché pour faire des
courses.
Le tueur avait un vieux pickup rouge avec une plaque
d'immatriculation décrochée et le rétroviseur coté passager
cassé, cela avait semble-t-il profité à notre journaliste pour se
cacher dans son angle mort.
Depuis le parking, il le suivit à
l'intérieur du magasin avec son caddie de course, cela lui donnait
l'impression d'être autant exposée que s'il avait fait une filature
en voiture décapotable. La roue arrière grinçait fortement et
rendait sa discrétion quasi impossible, alors il abandonna son
caddie et continua à pied. L'avantage de cette situation étant
qu'il n'avait pas à se poser de question pour savoir ce qu'il
mettrait dans son chariot. Pas besoin d'acheter des tampons
hygiéniques ou du vernis à ongles pour justifier sa couverture,
enfin sa burqa, vous m'avez compris. Maintenant, il espérait juste
ne pas avoir une chaussure qui couine alors il se tenait à toujours
à 3 rayons d'écart.
C'était la veille d'Halloween et le magasin
était rempli de mères de famille qui finalisaient leurs emplettes
pour l'événement, certains caddies étaient littéralement remplis
de sachets de bonbons, de barres chocolatées et d'accessoires de
déguisement.
Le journaliste remarqua que le tueur avait une liste
de course à la main, mais de là où il se tenait impossible de lire
ce qu'il y avait écrit, il devait se rapprocher pour au moins
apercevoir ce que l'homme mettait dans son caddie.
Au moment même
où il se décidait à avancer vers lui, le tueur prit la direction
du rayon charcuterie. S'il avait voulu le semer, il ne s'y serait pas
mieux pris, c'est bien là le seul endroit du magasin où notre
journaliste affublé d'une burqa ne pourrait pas passer, avec tout
ces étals remplis de jambon. Il passa la tête pour regarder
discrètement dans le rayon, mais il ne vit pas le tueur, celui-ci
avait comme disparu, il venait de perdre sa trace. Paniqué, le
journaliste eut un mouvement de recul pour faire demi-tour et tomba
nez à nez avec le tueur et lui rentra (se cogna) dedans
malencontreusement. Dans la collision la liste de course avait
échappé aux mains de Doug et avait flotté jusqu'à un étal de
légume. Ce dernier était tellement préoccupé par la sonnerie de
sa montre qu'il ne s'en rendit même pas compte, il ne prêta pas non
plus attention à cette étrange femme en voile intégral qui dans la
surprise s'était excusée avec une forte intonation masculine. Derek
s'était repris in extremis en imitant une voix féminine.
Le
journaliste se demanda si le tueur s'était rendu compte qu'il le
suivait, et s’il l'avait détecté malgré son déguisement
improbable. Mais également pourquoi était-il si soudainement pressé
en regardant sa montre ?
Derek commença à imaginer que le
tortionnaire avait peut être détecté une tentative d'évasion avec
une alerte sur sa montre ou qu'il avait peut être oublié de nourrir
sa captive.
Cela expliquerait pourquoi il s'était pressé
jusqu'aux caisses sans même s'excuser de l'avoir bousculé. Sous le
choc de la surprise, le jeune homme à la burqa ramassa la liste de
course qui était tombée sur l'étal de légumes et que le tueur
n'avait même par remarqué dans la précipitation. Il lui fallait
laisser de l'avance au tueur pour éviter de se retrouver trop près
de lui dans la file d'attente et d'éveiller ses soupçons.
Si à
première vue on pouvait penser qu'il s'agissait d'une banale liste
de course avec du beurre, fromage, pain à burger, tomates, pommes de
terre, salade, etc..
Certains détails n'échappèrent pas à
l'esprit méticuleux du journaliste, qui y vit une preuve, dans cette
note manuscrite listant l'attirail du parfait petit "tueur en
série en herbe", à savoir des sacs-poubelle, un bidon de
javel, un couteau de boucher et du scotch adhésif. À cette
panoplie, ne manquaient qu'un masque de déguisement, une paire de
gants et une pelle.
"Mais ça se trouve, les avait-il déjà!"
conclu le journaliste dans le réquisitoire de son tribunal mental
(imaginaire), dont lui seul composait à la fois juré, juge et
procureur. Ici, dans le théâtre de son esprit, il n'y avait de
place ni pour le doute ni pour l'avocat du diable. Et c'est animé
par cette détermination justicière qu'il se rendit directement au
poste de police de la ville.
Derek avait-il à peine mis un pied dans le
commissariat que la jeune femme chargée de l'accueil assise derrière
le comptoir avertissait déjà de sa présence au chef de la police,
d'une voix (à la tonalité) complètement blasée.
Visiblement,
les relations entre les médias et la police n'étaient pas au beau
fixe et elle ne risquait pas de s'améliorer avec la conversation qui
allait s'en suivre.
(L'officier nom du chef de la police) arriva à
sa rencontre et se planta devant lui, les bras croisés, les rides du
front plissé et les sourcils froncés. L'imposante moustache qui
pendait aux deux extrémités de la bouche du policier accentuait
cette expression sévère. Tout dans son langage corporel dégageait
une certaine hostilité à l'égard du visiteur. Et même jusque dans
sa tenue vestimentaire, cela inspiré l'autorité. De son Stetson à
ses santiags en passant par sa proéminente boucle de ceinture en
laiton qui rappelait que son pistolet était (toujours) prêt à
l'emploi en toute circonstance, comme une sorte d'avertissement intrinsèque.
"C'est pour quoi cette fois? Le vendeur de
glace à des fœtus mort dans son camion frigorifique?"
lança sur un ton on ne peut plus sarcastique le chef de la
police.
"Très drôle monsieur l'agent, je suis venu vous
partagez une piste que j'ai trouvé qui mériterait tout votre
intérêt"
"C'est Officier pour vous jeune homme."
Coupa autoritairement l'homme de loi avant de poursuivre
"Allez-y, je n'ai que peu de temps à vous accorder, donc
venez-en au fait."
"Voilà c'est concernant la
disparition des jeunes femmes (cité les prénoms), j'ai recueilli
quelques éléments troublants qui m'amène à soupçonner Doug
MacLeary..."
"Vous rigolez j'espère, il ne
ferait pas de mal à une mouche, à la limite il l'a mangerait sans
le faire exprès si elle venait à se poser sur son burger..."les
rires de ses collègues reprirent de plus belle.
Derek bouillonner
et ne savait comment convaincre son interlocuteur du sérieux de ses
théories.
"Mais...j'ai aussi des éléments matériels à
vous montrer."
"Certes ce cher Douggie est un
peu...comment dire...bizarre, étrange par moment, mais c'est un
gentil garçon qui n'a pas beaucoup été aidé par la vie. Tout le
monde vous le direz ici, il n'a jamais un mot plus haut qu'un autre
alors de là à imaginer que...Non, un peu de sérieux
voulez-vous."
"Je pense que vous vous trompez sur son
compte, il est bien plus intelligent qu'il ne veut vous le faire
croire!"
Pour Derek, ce discours résonnait comme le
genre de commentaire que la presse pouvait trop régulièrement
recueillir auprès du voisinage au sujet d'auteurs de faits divers
sordides.
De même que l'allusion à la condition médicale
(handicap psychologique) de Doug ne faisait qu'accentuaient ses
suspicions. Car dans les films d'horreur, Derek le savait, que ce
soit pour Massacre à la tronçonneuse où le petit dernier de la
famille Hewitt, Junior était atteint d'une maladie orpheline; pareil
avec Jason Vorhees l'illustre tueur à la machette et au masque de
Hockey de la saga Vendredi 13 qui était trisomique ; mais également
le jeune Michael Myers d'Halloween avec son autiste : tous avaient
pour point commun, la déficience intellectuelle/mentale.
"Écoutez,
c'est très louable à vous de vouloir essayer de nous aider à
coincer le coupable, mais faites attention à ne pas empiéter sur
notre enquête."
"Ok, mais vous en pensez quoi de tout
ça ? Admettez que la disparition de ces jeunes femmes est plutôt
préoccupante, voir carrément inquietante non?"
"Oh
vous savez des jeunes miss de beauté la campagne qui partent tenter
leurs chances à la grande ville, ça arrive tous les jours."
"Sauf
que dans ce cas, elles ne manqueraient pas de le faire savoir sur
instagram."
"Pas si ça ne se passe pas comme elle le
souhaite."
"Dans ce cas pourquoi ne rentrent-elles pas à
la maison ?"
"La honte aussi peut-être...qu'en
savez-vous?"
"J'ai aussi trouvé ça qui tombait de sa
poche!" le jeune homme tendit le bout de papier qui faisait
office de liste de course à l'agent de police.
"C'est
donc ça vos preuves matérielles? Non, mais c'est une blague ?! Ce
que vous voyez c'est mon écriture, j'ai fait cette liste à Doug
pour le..."
Un de ses adjoints vint interrompre le chef
de la police pour lui dire qu'ils étaient attendus et qu'ils
risquaient d'être en retard.
"Laissez tomber tout ça,
nous allons faire quelques vérifications d'usage, une visite à son
domicile et peut-être même aussi une enquête de voisinage.
Mais
je vous le redis, laissez nous faire notre travail. Maintenant, si
vous allez trop loin, je n'hésiterai pas à vous faire coffrer pour
entrave à une enquête de police, compris? Fin de la discussion."
Conclut le chef de la police en relevant du doigt la visière du
Stetson enfoncé sur sa tête.
S’il avait su que l'entretien avec la police
prendrait cette tournure, Derek se saurait abstenu et en même temps
il n'en était pas vraiment étonné. Ce n'était pas vraiment une
surprise pour lui.
Derek ne pouvait se contenter d'écouter ce
dialogue de sourds d'une justice aveugle, il devait agir par lui
même, au péril de sa propre vie. Il en était persuadé, c'est même
ce qu'il aurait dû faire au lieu de suivre le tueur faire ses
courses.
Durant son absence, le jeune journaliste intrépide
aurait mieux fait de (tenter de) s'introduire dans le vidéoclub pour
(trouver et) libérer les jeunes femmes plutôt que de continuer de
ressasser ses regrets.
Car la suite de l'histoire, Derek l'a
connaissait, dans quelque temps, quand le tueur finirait par se faire
coincer, il y aurait des reportages ou la famille, les proches et les
gens qui le connaissaient iront chacun de leurs confidences.
"Enfant
il aimait beaucoup joué dans le jardin, et à chaque fin
d'après-midi on pouvait être sur qu'il ramenait un petit quelque
chose à sa maman. Non, pas un bouquet de fleurs fraichement cueilli,
mais des petits animaux blessés (morts)." Dira un membre
éloigné de la famille.
"Parfois on entendait des bruits,
comme des pleurnicheries de bébés, on pensait que c'était encore
les chats du quartier qui se battaient, mais on n’aurait jamais pu
imaginer ce qui se passé dans ce sous-sol!" rétorqueraient
les voisins les plus proches.
Et le pire dans ce scénario macabre
qui se déroulait dans l'esprit de notre journaliste, c'est que ce
serait lui qui viendrait une nouvelle fois recueillir ces témoignages
avec l'horrible sentiment de ne pas avoir fait tout ce qu'il avait pu
pour éviter ça.
En passant devant la maison de Doug, Derek eu la
mauvaise surprise de découvrir les officiers de police en train de
partageaient des bières autour d'un barbecue dans le jardin avec le
tueur.
Ce dernier portait un tablier et s'afférer devant les
braises pour retourner les différentes pièces de viande quand il
aperçut au-delà de la clôture grillagée, le jeune homme dans sa
voiture de l'autre coté de la rue.
Il lui fit un grand sourire
avec un signe de la main comme si tout était normal. Et quelques
pars, tout ceci l'était bel et bien aux yeux des autres (du monde
entier), excepté pour lui.
D'abord il se dit sardoniquement que
c'était une bien étrange façon de mener un interrogatoire ou une
enquête de voisinage de la part de policiers, avant de se rappeler
que ce cher Doug avait pour s'attirer leurs bonnes grâces,
l'habitude d'offrir des boites de donuts, ce qui lui avait valu de se
faire surnommer "dougnut" par ces derniers.
La paranoïa
du jeune web-journaliste, l'amena à la sordide conclusion, que ce
barbecue était là, et de loin, la méthode la plus abjecte pour
faire disparaitre un cadavre.
Furieux et animé d'une frustration telle que ses
petites lunettes rondes se retrouvaient embuées, Derek le lanceur
d'alerte avait le visage rouge de colère. Il se retint de donner un
coup de poing dans le mur. Non, pas que l'envie lui manquait, mais ce
dernier savait surtout qu'il se ferait plus mal à lui même que de
dégât à la cloison. À ce titre-là, autant se frapper le visage
tout seul directement. Le web-journaliste se tenait devant son
imposant tableau d'enquête qui s'étendait quasiment sur
l'intégralité de la largeur du mur de son salon. En faisant les
cent pas dans son appartement, il se cogna le pied sur la table basse
ce qui fit tomber les films qu'il avait empruntés au tueur. Derek
fulminait encore plus contre la police que sur le tueur ou le meuble
dans lequel il venait juste de se heurter. Il ramassa les jaquettes
de films et se rappela qu'il ne les avait même pas tous regarder, il
avait oublié de jeter un oeil à la cassette vidéo, celles que Doug
avait justement remonté de la cave.
Étrangement, l'étui et la
cassette qu'elle contenait ne correspondaient pas. Sur la pochette,
il était normalement question du film italien "Frayeurs"
de Lucio Fulchi, mais à l'intérieur se trouvait une cassette
enregistrée avec une étiquette comportant l'inscription manuscrite
faite au marqueur rouge "Jenna #6".
Derek se précipita pour sortir acheter un
magnétoscope dans un magasin d'achat et vente de produits
d'occasion, ce qu'il faut l'avouer n'était pas une mince affaire à
trouver en 2026. Il prit également un câble adaptateur, car
l'appareil d'une technologie révolu ne correspondait plus aux écrans
d'aujourd'hui. La dernière fois qu'il avait vu une prise péritel,
il était certainement en âge de porter des couches.
De retour à
son appartement et une fois les branchements effectués, il inséra
la cassette dans le magnétoscope.
Et ce qu'il découvrit c'était
l'horreur (dans sa plus pure expression) sur pellicule, ce que l'ont
deviné d'un corps de jeune femme blonde allongée sur une grande
bâche blanche et dont la chevelure changea rapidement de texture et
de teinture pour une matière visqueuse brunâtre, s'en suit après
des démembrements aux bruits d'agonies gutturales et déversement de
fluides corporels indistincts avec en grande séquence finale une
giclée de sang sur l'écran. Ensuite, l'image bascula dans
l'obscurité totale et le reste de la séquence n'était qu'une
séance ASMR pour tueurs en série et autres sociopathes/psychopathes
en tout genre. Derek fut pris de nausée, à la vue de cette vidéo,
il ne savait pas s'il allait vomir ou avoir la diarrhée en premier,
ou bien les deux simultanément.
Maintenant il en était sûr, il
détenait là un élément accablant de ce qu'il dénonçait, mais
peut être pas encore suffisant. Car il avait bien conscience que la
police n'allait pas bouger le petit doigt, à la limite peut- être
la fourchette pour engloutir les preuves. Alors, un dilemme moral
s'imposa à lui, fallait-il garder tout ça pour lui et continuer
seul ou en faire une vidéo maintenant ? Derek le savait, il jouait
sa crédibilité en ligne, il devait aller jusqu'au bout avant de
publier quoi que ce soit en ligne. Au risque qu'il y ait de nouvelles
morts (le bilan humain s'aggrave/bodycount augmente), que les
cadavres s'accumulent, il devait obtenir une preuve incontestable.
Pour cela, il lui fallait trouver où Doug enterrait les restes de
ses victimes.
Le jeune homme était donc retourné en planque
devant la maison du tueur pour le reprendre sa filature. Le barbecue
ne fumait plus et les policiers étaient partis, il faut dire qu'ils
avaient fort à faire ce soir, car c'était la nuit d'Halloween.
Dès
que l'obscurité avait commencé à tomber, les enfants déguisés
avaient commencé à faire du porte-à-porte pour demander des
bonbons et friandises. Par chance, il y avait du monde dans la rue,
ce qui était plutôt pratique pour passer inaperçu, ça et le fait
de pouvoir se costumer. Bien sûr, Derek avait prévu le sien.
Considérant une nouvelle fois le risque qu'impliquerait de s'exposer
directement au tueur, Derek opta pour un déguisement qui lui
conférait une discrétion maximale, celui d'un fantôme,
littéralement.
Un drap blanc avec deux trous pour les yeux. Une
burqa en négatif si on peut dire. Sous ce premier costume, il avait
enfilé en dessous un autre déguisement afin de pouvoir se
désilhouetter au cas où sa filature serait détectée. Il était
clairement influencé par ses souvenirs des scènes de fin dans les
épisodes de Scooby-Doo où le tueur est révélé en se faisant
retirer son masque.
Contrairement à Derek le journaliste, Doug le
tueur, lui, décida d'assumer pleinement l'horreur du monstre à
l'intérieur de lui et c'était certainement le seul jour de l'année
où il pouvait se laisser aller à montrer sa vraie nature sans peur
des jugements d'autrui.
Et puis il devait se débarrasser des
restes et de certaines preuves qui commençaient sérieusement à
l'encombrer dans son sous-sol. Le désinconvénient principal d'avoir
établi dans son garage un vidéo club, c'est justement de ne plus
avoir de place pour garer son véhicule. C'est pour cela que le vieux
pick-up rouge de Doug était stationné dans la rue, sauf qu'avec la
parade et les célébrations du jour, il allait devoir traverser avec
ses sacs-poubelle dégoulinants et plein de cadavres. Notre tueur en
série le savait, son déguisement de boucher serait la justification
parfaite à cette mise en scène macabre.
Doug avait entassé sur un petit chariot qu'il
trainait derrière lui, ce qui était sans aucun doute possible, à
en croire cinq silhouettes, des cadavres emballés dans des
sacs-poubelle noirs.
Affublé d'un tablier blanc maculé de tache
de sang, d'un masque de tête cochon, il vociférait en brandissant
une tronçonneuse sans chaines dans la foule de vampire, sorcière,
zombie et fantôme. La mise en scène était tellement grossière que
personne ne se posait de questions et Derek le journaliste entre
dépit et sidération ne pouvait que se résoudre à rester
spectateur depuis le siège de sa voiture. Il savait qu'à ce stade,
il ne pouvait alerter la foule au risque d'occasionner un mouvement
de panique ou de passer pour un fou. La seule chose à faire c'était
de continuer à suivre discrètement le tueur jusqu'à l'endroit où
il faisait disparaitre les cadavres et les preuves de ses crimes. Et
les nombreux stratagèmes de sécurité et autres contre mesures de
surveillance (franchissement de feu rouge, accélération puis
ralentissement soudain, etc...) déployer par le tueur laissaient
supposer à ce qu'il le conduise à ce lieu secret.
Ils avaient quitté la route goudronnée pour les
sentiers d'une zone boisée menant en pleine forêt. Derek avait
éteint ses phares depuis un moment déjà, ce qui ne lui avait pas
facilité la filature, d'autant plus en s'enfonçant dans cette forêt
par une nuit noire et pluvieuse. Sur son passage, le pick-up rouge de
Doug éclaboussait une vague de boue et de pluie. Fort heureusement
pour le journaliste, il n'avait qu'à garder ses roues dans les
sillons que laissait le véhicule du tueur derrière lui.
Quand il
sentit que le véhicule qu'il poursuivait commença à ralentir,
Derek laissa plus de distance, il ne voulait surtout pas se faire
repérer.
Au loin, le journaliste voit le pick-up rouge s'arrêter
et décide de faire de même sur un accotement discret. Tandis que le
tueur décharge les silhouettes emballées de l'arrière de son
véhicule, en laissant le moteur tourné et les pleins phares allumés
dans la direction de l'endroit où il va les déposer, Derek en
profita pour se rapprocher sans que le bruit de ses pas ne
s'entende.
Une fois installé (à une distance aussi raisonnable
que sécurisante) pour observer le tueur, il vit ce dernier retirer
une plaque en métal ou en bois (difficile à dire de la où il était
posté) et balancer dans un trou, qu'il avait certainement
préalablement creusé, les cadavres de ses victimes.
Et soudain,
alors que le tueur déguisé reboucher le trou avec le monticule de
terre, le téléphone du journaliste se mit à sonner doucement.
Sans trop savoir pour quoi et au plus mauvais moment possible,
son smartphone lui signalait qu'il n'avait bientôt plus de batterie.
Un oiseau apeuré s'envola en secouant des branches autour de
lui.
Derek fut alors pris d'un frisson qui partit de ses pieds et
remontait sa colonne vertébrale jusqu'à l'extrémité des poils de
sa moustache.
À ce moment précis, il se savait fichu, il pouvait
sentir le regard du tueur posé sur lui et sa grosse main l'attraper
pour le jeter dans le trou, mais rien de tout ça ne se
produisit.
Non, il vit le pickup s'éloigner, Doug le tueur en
série était parti.
Après un long moment à attendre dans les buissons,
avec le souffle court et les battements de son cœur qui
s'emballaient.
Derek sortit de sa cachette quand le calme et
l'obscurité furent complètement revenus et que les petits bruits de
la nature reprirent.
Il n'eut pas de mal à retrouver l'endroit où
la terre avait été retournée, elle était encore meublée, il
n'avait plus qu'à se mettre à creuser. Persuadé qu'il allait
trouver ce qu'il cherchait, il se mit à creuser frénétiquement
sous la pluie battante, comme un pirate ivre à la recherche de son
trésor enfoui. Et plus il creusait pour déterrer l'horreur, plus il
s'y enfonçait, en réalité. Derek s'enlisait, de plus en plus
profondément jusqu'à s'épuiser quand du bout de sa pelle il sentit
quelque chose qui résistait, l'outil s'était peut être planté
dans la cage thoracique d'une des victimes.
Appâté par le
sensationnel et le spectaculaire, il sortit son téléphone de sa
poche pour filmer la scène avec les quelques pourcentages de
batterie qu'il lui restait. Quand d'un seul coup, le tonnerre gronda,
la foudre était tombée tout pré et l'éclair avait ébloui la
tombe avant que tout ne retombe dans l'obscurité.
Quelques jours plus tard, un promeneur au hasard
d'une ballade avec son chien trouverait la main raide et blême
(pale, livide) de Derek qui dépasserait du sol en tenant toujours
son téléphone.
Ensevelit avec les cadavres des jeunes filles et
une pelle qu'il tenait dans l'autre main, il n'en faudrait pas plus à
la police pour en venir à la conclusion que Derek était le
coupable. Pour eux, le tueur, c'était lui.
L'enquête établirait
qu'il s'était retrouvé coincé dans le trou qu'il avait lui-même
creusé pour y enterrer ses victimes. La perquisition menée dans son
appartement amènerait à la découverte du tableau sur lequel
étaient accrochées les photos des jeunes femmes blondes et les
coupures de presses qui relataient les disparitions reliées par de
la ficelle rouge. Mais quand les enquêteurs trouveraient la cassette
vidéo qui contenait l'atroce crime d'une des jeunes femmes, le
tableau d'enquêtes prendrait soudainement l'apparence d'un mur de
trophées. Et à nouveau un jeune homme passionné d'enquête et de
crime comme Derek, en ferait le sujet d'une vidéo sur internet.
Derek, le jeune web-journaliste intrépide, avait été piégé par Doug, le tueur en série. Dés le départ il l'avait choisi pour lui faire endosser sa culpabilité, il lui en avait même confié des preuves que seul le meurtrier pouvait avoir en sa possession : la cassette vidéo.
Tel un fil rouge accroché au tableau d'enquête, ou à la manière d'une ligne de pêche sur laquelle il aurait accroché un appât au bout, il s'en était servi pour le relier à chaque preuve et l'attirer ainsi jusqu'au trou, sa tombe (avant de l'y enterrer vivant).